Pures players : un développement difficile en Belgique

Alors que la France compte une cinquantaine de pure-players (site d’information qui n’est pas édité en version papier), la Belgique, elle, a du mal à développer ce phénomène. Pourquoi et comment le marché de l’information web belge comble ce manque?

 pureplayer

En Belgique, seul 7/7.be ou DeWereldMorgen.be peuvent être considérés comme des sites d’information belges n’ayant pas d’équivalent papier. Pourtant, pour Arnaud Grégoire, responsable de l’édition internet d’Alter Échos, « 7sur7 n’est pas un pure player dans la mesure où il est adossé à un grand groupe média (couplé au site du Laatste Nieuws ndle) » et « DeWereldMorgen est flamand et attire de ce fait les lecteurs néerlandophones de Belgique, avec peu de concurrence potentielle ».

Un marché et contexte linguistique particulier

Depuis plusieurs années, en France, les sites d’informations sur le web ne cessent de se multiplier. De Rue89 en passant par Mediapart, le phénomène est en pleine expansion. L’Allemagne, l’Italie ou encore la Suisse ne sont pas en reste non plus. Pourtant, le paysage médiatique belge peine à développer l’information exclusivement web.

Pour Arnaud Grégoire, la taille réduite du marché de l’information belge expliquerait en partie, la pauvreté de l’offre. « Le marché du lectorat belge francophone est plus petit (4,5 millions de Belges francophones) et saturé de médias francophones venus de France, qui peuvent vivre parce qu’ils ont un public potentiel de 60 millions de personnes. Donc, difficile, sur un si petit territoire linguistique (Belgique francophone) et avec autant de concurrence, d’avoir des pure players ».

Arnaud Grégoire, responsable de l'édition internet d'Alter Echos

Arnaud Grégoire, responsable de l’édition internet d’Alter Echos

La presse web spécialisée : une solution?

Le contexte linguistique ainsi que le marché restreint ne favorisent donc pas le développement des pure-players d’information nationale ou locale en Belgique. Pourtant, depuis peu, des sites d’information spécialisée émergent sur la toile belge et exploitent un marché de niche. Une alternative qui leur permet de survivre sur le web. « Il y a effectivement plusieurs initiatives éditoriales qui fonctionnent », explique Arnaud Grégoire, « souvent sur des marchés de niche (Epicurien.be pour la cuisine, Tuner.be pour les médias, etc.) parfois adossé à un groupe plus important hors secteur presse ».

Une presse web « conservatrice »

« Le secteur de la presse web en Belgique est assez conservateur, et s’est finalement assez vite structuré », explique le journaliste. « Il y a les grands éditeurs avec leurs versions web, qui se sont associés pour mettre en place une plateforme de gestion de leurs archives et de press-clipping, et quelques rares petit joueurs, « pure players » ou pas ».

Pour lui, la rareté des pure players n’est pas la seule lacune de la presse belge. « Même si il y a encore du chemin à faire, la presse écrite à pris à bras le corps les nouveaux médias, c’est-à-dire qu’elle a pris la mesure de la révolution que cela apporte dans son industrie et qu’elle y travaille. Malheureusement pas assez à mon goût ».

Selon lui, la presse web est trop uniforme, pas assez innovante et trop superficielle. « Ce qui est fait va trop souvent dans le même sens : des fils d’infos déclinés de dépêches d’agence de presse, avec plus ou moins de travail d’édition en aval. Il n’y a finalement que peu de travail en amont, sur du plus long terme, avec des approches éditoriales adaptées aux nouveaux médias, des enquêtes, un usage volontariste des nouvelles technologies, etc. Je trouve aussi qu’il y a encore beaucoup de freins pour développer une approche nouveaux médias dans l’audiovisuel, sauf peut-être du côté de l’actualité pure (les JT et certaines émissions de radio), et pour quelques rares émissions d’entertainment. Dans ce secteur, il y a encore beaucoup à faire pour inclure les nouveaux médias dans les processus industriels ou créatifs. »

Quelques évolutions intéressantes

Mais même si la presse belge a du mal à se développer et à innover sur le web, elle ne peut pas ignorer les nouvelles technologies et doit obligatoirement s’adapter si elle veut survivre. Pour Arnaud Grégoire, certaines évolutions technologiques sont intéressantes comme par exemple « le développement du mobile et le fait que les éditeurs ont compris les enjeux et proposent une plateforme mobile ». Selon lui, « il y a là une vraie piste d’avenir avec enfin une possibilité de monétiser l’info, selon bien sûr la valeur ajoutée réelle que les éditeurs y mettront ».

Le développement du long format, comme le web doc ou encore le docu transmédia, est une nouvelle pratique qui doit être approfondit. « Il permet aux éditeurs de sortir du tout-venant des fils d’info et de proposer des produits éditoriaux à forte valeur ajoutée. Mais on en est ici qu’aux balbutiements, et les éditeurs n’investissent pas (ou quasi pas) là-dedans ».

 graphbelgeLa Belgique doit rapidement rattraper sont retard, d’autant plus que la jeune génération est très présente sur la toile. Selon une enquête réalisée en 2012 par IFAB Europe, 77% des belges consulteraient au moins une fois par jour un site d’information. Des consommateurs de plus en plus nombreux, qu’il ne faudra pas oublier.

Cécile Mantovani

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