Presseurop : « un objet médiatique unique en son genre »

L’actualité européenne en un seul clique? Oui ça existe. Presseurop.eu publie chaque jour une sélection d’articles, disponibles en dix langues et choisis parmi plus de 200 sources. Créé en mai 2009, avec le soutien de la Commission Européenne, le site propose « le meilleur de la presse européenne ». La qualité est au rendez-vous : les traductions sont irréprochables, les rubriques claires et chaque article est accompagné d’une présentation de l’auteur et d’un lien vers l’article originale.

site presseurop

Le pure-player a également compris qu’une présence sur les réseaux sociaux comme Twitter ou encore Facebook, ainsi que sur les smartphones, était primordiale. Le rédacteur en chef de Presseurop, Éric Maurice, nous en dit un peu plus sur la création et le fonctionnement du quotidien en ligne.

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Eric Maurice, rédacteur en chef de Presseurop


Horizons médiatiques/Cécile Mantovani : Comment s’est créé ce site? Comment l’idée est venue? Qui a participé a sa création?

Éric Maurice : L’idée de créer un site qui publie en 10 langues ce qu’il y a de plus intéressant sur l’actualité européenne dans la presse européenne et mondiale est une idée de la Commission européenne. Presseurop s’inscrit dans un programme plus large destiné à favoriser les partenariats entre médias européens et l’émergence de médias européens afin de favoriser la création d’une véritable sphère publique européenne. Presseurop est le volet presse écrite (sur internet) de ce programme, le réseau Euranet étant son équivalent radio, et la participation de l’UE à Euronews étant le volet télé. 

Pour répondre à l’appel d’offre lancé par la Commission européenne, Courrier international s’est associé à ses homologues européens, c’est à dire aux trois autres hebdomadaires basés sur la sélection et la traduction de la presse internationale : Internazionale en Italie, Forum en Pologne et Courrier internacional au Portugal. Ce savoir-faire commun à permis de remporter l’appel d’offre. 

HM/CM : Qu’est ce qui démarque Presseurop des autres site web d’information?

EM : Presseurop est le seul média en Europe à traiter l’actualité européenne non seulement pour tous les Européens – avec nos 10 langues nous couvrons environ 80 % de la population de l’UE – mais à travers les perspectives de tous les Européens. 

En général, les médias nationaux ne s’adressent qu’à leur public national, avec une perspective nationale. Et les médias qui ont une dimension européenne couvrent l’actualité selon leur ligne éditoriale et en une seule langue. 

Nous, nous choisissons chaque jour des articles venus de toute l’Europe ou d’ailleurs, et nous les proposons à des lecteurs en 10 langues. Par exemple, il n’y a que sur Presseurop qu’un Allemand, un Espagnol ou un Britannique peut lire des articles sur la crise grecque issus de la presse grecque, dans sa langue. C’est un changement de perspective essentiel, selon nous, pour se comprendre entre Européens et nourrir un vrai débat à travers tout le continent. 

D’ailleurs ce débat se déroule en partie sur Presseurop, et c’est l’autre originalité du site. Sous chaque article que nous publions, les lecteurs peuvent laisser des commentaires dans leur langue et, grâce à un bouton, traduire automatiquement les commentaires postés dans les autres langues. Un débat peut donc s’installer entre lecteurs de différents pays et différentes langues, en dépassant justement les barrières linguistiques. Et les débats sont d’assez bonne qualité. 

Tout cela fait que Presseurop est un objet médiatique unique en son genre. 

HM/CM : Comment fonctionne votre rédaction? Comment choisissez vous les articles?

EM : Nous sélectionnons nos articles dans toutes les sources qui nous paraissent pertinentes, des grands quotidiens traditionnels comme El País, le Financial Times ou la Frankfurter Allgemeine Zeitung, jusqu’au pure-players comme Rue 89 ou Linkiesta en Italie, en passant par des quotidiens de petits pays, comme Veidas en Lituanie ou Népszabadság en Hongrie, ou parfois des revues plus spécialisées. 

Les critères de sélection sont la qualité et la pertinence par rapport à l’actualité, bien sûr. Nous ne cherchons pas à être exhaustif, mais à donner des clés de compréhension, soit pour interpréter des événements en cours ou à venir, soit pour confronter les points de vue, politiques ou nationaux. Et nous gardons en tête que nos articles doivent pouvoir s’adresser à un lectorat international, qui n’as pas forcément les mêmes références ou ne dispose pas des mêmes informations de départ que les lecteurs à qui l’article était destiné à l’origine. C’est alors à nous, par la tiraille, des encadrés, ou des précisions entre crochets, d’orienter le lecteur. 

HM/CM : Courrier International (qui a d’ailleurs participé à ce projet) est un petit peu dans la même branche : un hebdo, qui publie une sélection d’articles choisis parmi plusieurs journaux internationaux. Qu’est ce que le web apporte de plus à ce concept?

EM : Nous assumons la filiation avec Courrier international, d’autant que j’en suis moi-même issu et que la rédaction est installée dans les locaux de Courrier. Mais la différence avec Courrier international est que nous sommes à dimension européenne et multilingue, donc forcément multiculturelle, alors que Courrier ne s’adresse qu’à un public francophone, essentiellement français. 

Notre spécificité par rapport à Courrier n’est pas tant le web, car il y a courrierinternational.com, que les 10 langues et la couverture uniquement consacrée à l’Europe, alors que CI couvre l’actualité mondiale. C’est en ce sens que nous sommes complémentaires.

HM/CM : Vous êtes le seul site d’information européen multilingues présent sur le web. Selon vous pourquoi la conccurence se fait rare?

EM : Il existe d’autres sites européens. Mais Euractiv, par exemple, propose plusieurs versions linguistiques dont les contenus sont différents, et traite surtout l’actualité des institutions. Café Babel, qui existe aussi en plusieurs langues, est un site participatif axé sur la société et la culture, et qui s’adresse surtout aux jeunes. D’autres sites comme EU Observer n’existent qu’en une langue et sont plus politiques. 

Créer un autre site comme Presseurop demanderait beaucoup d’argent, un réseau de journalistes très solide, et surtout une volonté de dépasser les cadres nationaux et culturels. Or tout cela est très difficile à trouver, surtout en temps de crise économique et de la presse. 

HM/CM : J’ai remarqué que votre site ne comporte pas de vidéos, de webdoc ou de sons. Pourtant, c’est un des avantages d’internet, pouvoir publier sur plusieurs supports. Est ce que c’est un choix de votre part? et pourquoi?

EM : Mettre en place un site quotidien basé d’une part sur la traduction, avec toutes les combinaisons et ce que cela suppose comme travail humain pour garantir la qualité, et d’autre part sur la sélection, c’est à dire sur la lecture d’un grand nombre de sources chaque jour, a été assez compliqué. Nous avons donc privilégié ce travail éditorial essentiel pour la réputation et la notoriété de Presseurop. 

De plus, il nous serait difficile de proposer des sons, des vidéos, et plus encore des webdocs de plusieurs dizaines de minutes sans traduction. D’autant que l’accès en 10 langues à tous nos contenus est une obligation de notre cahier des charges. 

Ceci étant, l’information et les sites ont beaucoup évolué depuis début 2009, lorsque nous avons conçu le site, et nous sommes conscient de la nécessité d’offrir plus à nos lecteurs : plus de variété des contenus, et plus d’interactivité. Nous y travaillons et nous espérons faire évoluer le site dans ce sens. 

HM/CM : Vous êtes également présents sur les réseaux sociaux, qu’est ce que cela apportent à votre média?

EM : Nous sommes effectivement présents sur Facebook et Twitter, avec un compte dans chaque langue sur chacune de ces plateformes. Nous avons environ 30 000 fans sur Facebook et un peu moins sur Twitter. 

Cela nous apporte du trafic, bien évidemment, ainsi que de la visibilité et de la notoriété grâce aux partages des articles. Et nous espérons développer sur les réseaux le même genre de communauté que sur le site, où les lecteurs réagiraient à nos contenus et débattraient entre eux. C’est un peu plus difficile parce que les outils que nous avons mis en place sur Presseurop dans ce but (interface, traduction des commentaires) ne sont pas disponibles sur les réseaux. 

Cécile Mantovani

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